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Article provenant du site de la Fédération Française de Tir. Publié le 12 mai 2021.


Jean Quiquampoix – « Je ne me fais pas battre deux fois… »


Médaillé d’argent en tir au pistolet vitesse 25m aux JO de Rio en 2016, Jean Quiquampoix n’est pas du genre à se contenter de la deuxième place. Le champion de 25 ans est ambitieux et exigeant. Et surtout, d’un réalisme froid quand monte la pression.

« Je suis un homme de finales. Si je me fais battre une fois, cela n’arrive pas une deuxième fois… »

Ses adversaires n’ont pas besoin d’être prévenus. Ils le savent déjà.



Seul sur le pas de tir, Jean Quiquampoix remplit l’espace. 1m89, carrure de rugbyman, il prépare sa séance d’entrainement. La voix qui porte, la démarche assurée, il donne un coup de balai sur les dizaines de douilles qui jonchent le sol en pierre, aligne les tablettes, ouvre son armoire personnelle jaune, sort méticuleusement ses affaires. Puis il allume le matériel électronique, range les chaises en plastique avant d’aller descendre le rail de cible, sous le chaud soleil d’Allauch, petite commune sur les hauteurs de Marseille.

Crédits photo : FFTir/J.Heise


Le pas de tir propre et rangé, il peut enfin débuter sa séance en « pistolet vitesse olympique », l’autre nom du tir au pistolet 25m chez les hommes. Le costaud qui enfile son casque aime que tout soit nickel avant sa séance. Le tir au pistolet vitesse 25 mètres est un tir de précision avec montée en gamme de la pression… Le tireur doit en effet enchainer six séries de cinq cartouches sur cinq cibles différentes : les deux premières séries à effectuer en huit secondes, les deux suivantes en six secondes et les deux dernières … en quatre secondes. Et recommencer. Soit soixante cartouches.


Vice-champion olympique aux JO de Rio en 2016, Jean Quiquampoix vise, forcément, dans quelques semaines à Tokyo, la dernière marche, la plus haute, la plus belle.

Malgré l’épais mur en pierre, les impacts des cartouches résonnent depuis le pas de tir d’à côté où s’entrainent les Marins Pompiers de Marseille. Jean Quiquampoix n’entend pas. Il se met de profil, ajuste son casque, accentue sa bascule vers l’avant, se saisit de son pistolet, pose le canon sur la tablette, verrouille son poignet. Le geste est sûr. Il commence par une série de huit secondes. Vise, décale son bras vers la cible de droite et enchaîne de droite à gauche. Le Parisien de naissance, Marseillais d’adoption depuis une dizaine d’années obtient cinq « 10 ». Cela paraît si simple.


« A notre niveau, dans le top 5 mondial, nous enchaînons sans problèmes les tirs au cœur de la cible. La différence se fait au mental, le jour de la compétition. »

Pour Hervé Carratu, entraineur national de la vitesse olympique, « tous les voyants sont au vert ». Jean est en avance sur son axe de progression, fixé il y a quelques années déjà.

« Jean est très mûr pour son âge. Mais comme il est un forçat de l’entrainement, il ne pense pas spontanément aux temps de récupération. Il ne s’écoute pas, il fonce. C’est à moi de lui préparer ses plannings et d’imposer cette récupération qui est partie intégrante de l’entrainement. »


Jean tire également au CREPS de Talence une fois par mois environ, pour mieux préparer… Tokyo. En effet, en Gironde, le pas de tir est en intérieur, comme celui des prochains Jeux. Là-bas, pour s’habituer à un éclairage artificiel et prendre ses repères, il se place volontairement dans l’inconfort en exagérant la puissance des lumières, les rendant agressives. Car la différence est en effet importante entre un stand intérieur et la lumière du jour des collines rocailleuses du nord de Marseille. Un paramètre important qu’il ne néglige évidemment pas.

Jean Quiquampoix est l’un des rares athlètes qualifiés pour les prochains Jeux à n’avoir ressenti aucune déception après l’annonce des autorités japonaises d’interdire le public étranger. De toute façon, ses proches ne seraient pas venus. Comme à Rio en 2016. C’est lui qui le leur avait demandé.

« J’évite tout ce qui peut me sortir du schéma compétition. Des coups de téléphone, oui, mais rien qui peut parasiter ma concentration.».


L’obsession de la cible

Jean Quiquampoix est un enfant de la Villette, quartier coloré et animé du nord de Paris, dans le 19e arrondissement. Son périmètre, pendant son enfance : maison-Parc de La Villette-école. La place Stalingrad, aussi. Quand il s’y promenait avec ses parents, il était souvent la vedette…

« Jean était toujours le plus grand et le plus costaud de sa classe. Il était adoré de ses copains. Quand nous les croisions à Stalingrad, le cœur du quartier, ils l’interpellaient. Comme c’était un bon élève et un garçon foncièrement bon, il n’avait que des amis », se souvient Williams Quiquampoix, son papa.

Du côté de la Villette, le petit Jean pratique l’escrime. Un jour, il s’offre un jeu de fléchettes. Plus tard, ce sera le tir… N’y aurait-il pas un point commun ?

« Il a toujours été fasciné par les cibles. Alors qu’il n’a pas accroché aux sports collectifs, comme le rugby », poursuit Williams.


Jean entre en classe de sixième quand la famille Quiquampoix déménage à l’autre bout de la France. Antibes. Il se fait de nouveau amis. L’un d’eux lui propose de s’essayer au tir, un mercredi après-midi. Il accroche. Sans même savoir qu’il existe des compétitions. A son insu, il est inscrit à l’une d’elle. L’aventure commence. Il n’a même pas 12 ans. Très vite il s’oriente vers le pistolet vitesse olympique.

« Cette discipline était faite pour moi ! La distance, le côté dynamique. J’adore. Je suis passionné ! »

Laurent Sasso, entraineur en juniors au centre de tir Provence Nemrod, à Allauch, le récupère à l’entrée de l’adolescence.

« On m’avait dit le plus grand bien d’un jeune garçon basé à Antibes. Lorsqu’il arrive pour sa première détection, il n’a pas de pistolet. Je lui en prête un qui n’est pas du tout le même que celui avec lequel il a l’habitude de tirer. Il s’adapte sans problème. Il n’était ni régulier, ni fluide, souvent de travers, mais il ne faisait que des 10 ! Au mental. J’ai tout de suite vu le gros potentiel », raconte Laurent Sasso.

Crédits Photo: FFTir/J.Heise

A 25 ans, le palmarès de Jean Quiquampoix est impressionnant. Champion du monde junior en 2014, l’argent aux JO de 2016 (alors qu’il est toujours junior), des victoires en coupe du monde… De quoi valider la nouvelle politique sportive de la Fédération, juste après les Jeux de Londres, en 2012. Sous l’impulsion d’Hervé Carratu, elle décide de ne plus privilégier l’âge au niveau. Au contraire. Si un junior mérite de monter chez « les grands » parce qu’il a le niveau et la maturité, alors il empruntera la passerelle. Jean Quiquampoix a été le symbole de ce changement de cap.

« J’ai eu une progression linéaire jusqu’à aujourd’hui. De toute façon, si j’avais connu une année sans médaille, j’aurais arrêté… »


Crédits photo : FFTir


Le soleil de Marseille joue avec les poutres et les murs du pas de tir semi-abrité d’Allauch. Le tireur ne cille pas. Les Marins-Pompiers de Marseille ont terminé leur séance. Pas lui. S’il s’écoute, il ne s’arrête pas. Il est seul. Penche la tête pour vérifier la bascule de son bassin, ses solides jambes plantées dans le sol. Il est un battant. Mais, il le concède, avec les mauvais côtés de l’accro à la victoire. C’est-à-dire extrêmement exigeant. Au point que pour ses proches il peut devenir « chiant », selon son propre terme. Car il n’aime pas non plus avoir tort. Mais comme parfois, il a tort quand même, il est, forcément, de mauvaise foi. Jean Quiquampoix c’est un mental, une envie de gagner, une rigueur qui conditionne les autres, autour de lui.

« Comme il se considère comme tireur professionnel, tout autour de lui doit être professionnel. Sinon, il le fait savoir. Même si c’est poliment. Pareil pour le matériel ! Il peut s’agacer très vite si les cibles électroniques ne fonctionnent pas pour un simple bug ou un coup de froid. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Jean peut-être très stressant », sourit Laurent Sasso.


« Je les ai tous battus »

Le maréchal des logis-chef de la gendarmerie, au sein de l’Armée des champions du bataillon de Joinville n’est pas un casse-cou. Mais il a tout de même sauté des dizaines de fois à l’élastique du haut de l’un des plus hauts ponts d’Europe, dans le Var, lorsqu’il accompagnait des touristes pour leur baptême pendant ses vacances scolaires. Passionné de sports mécaniques il également a beaucoup piloté sur circuit. Adepte, décidemment, de sensations fortes… Et de tir. Il est à 100% détaché par l’Armée pour son sport. Il structure sa vie autour de la performance.

« Si j’aime Marseille et si je ne m’interdis rien, je ne suis pas un homme d’excès », précise le médaillé de Rio.


Même si les tireurs atteignent la maturité sportive vers la trentaine, Jean Quiquampoix prépare déjà son après carrière. Il a pris des chemins, s’est trompé, en a repris. Les études de droit, par exemple. Vite abandonnées pour une formation de kiné du sport. Là encore, il a laissé tomber.

« Je viens de me lancer dans un nouveau projet. Cette fois je suis sûr de moi. Je serai mon propre patron. Mais je ne peux rien dévoiler. Après Tokyo, vous en saurez un peu plus… » dit-il, mystérieux.

Pour l’instant, le projet est entre parenthèses. Objectif Jeux. Au Japon, il sera prêt et ne sera pas surpris.

« Les meilleurs du monde, je les ai tous battus. Personne ne m’impressionne… »

A le voir manger l’espace du pas de tir, le regard bleu fixé sur la cible, glacial et immobile, le bras tendu accentuant son impressionnante envergure, on jurerait que c’est même l’inverse.


« Certains entraineurs étrangers m’ont rapporté que je faisais peur. Qu’il fallait à tout prix éviter que j’aille en finale. Car c’est là que je suis le plus fort. Ma spécialité, ce sont justement ces finales où ne sont disputées que des séries de tir en quatre secondes. D’ailleurs, je n’ai jamais, de ma vie, disputé une finale d’une compétition sans y glaner une médaille. Je me sens bien quand il n’y plus le droit à l’erreur… »

A Tokyo, Jean Quiquampoix ne croisera pas Usain Bolt, comme à Rio. Le sprinteur jamaïcain aux huit médailles d’or olympiques a pris sa retraite sportive.

« C’est mon modèle. Il ne lâche rien. Je me retrouve dans tout ce que j’ai pu lire ou entendre sur lui. »

Finalement, Jean Quiquampoix met un terme à sa séance d’entrainement. Il ôte sa veste de survêtement du bataillon de Joinville, la range dans le placard en fer jaune. Ferme ses boites de munitions, range son arme. Balaye les dizaines de douilles éjectées pendant la matinée. Vérifie que tout est bien rangé avant de quitter le pas de tir inondé de soleil. Il regagne sa minuscule voiture noire dans laquelle il semble très à l’étroit. Sur son site internet personnel, le décompte des jours, heures, minutes et secondes avant le début des Jeux Olympiques de Tokyo. Cela s’appelle une obsession.

Écrit par Fabrice DAVID



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